samedi 3 mars 2012

Recrutement

Bonjour,

Étant donné le temps passé depuis la dernière mise à jour, je poste ce message. J'ai tenté de traduire les derniers passages du chapitre en cours mais mes autres projets ainsi que mes activités personnelles, dont les cours évidemment, m'en empêchent. J'essaierai toutefois de mener ce projet à terme quand bien même je ferai de longues pauses.

Pour m'aider dans mon travail, j'apprécierais grandement avoir de l'aide de la part de quelqu'un parlant japonais (lisant pour être plus précis) vu que je dispose de tous les romans japonais...

Si vous êtes intéressés, contactez-moi.

Cordialement, YagamiRaito

dimanche 9 janvier 2011

COMMENTAIRES

Bonjour,

J'ai découvert comment ajouter la possibilité de faire des commentaires sur des pages, ce qui est désactivé par défaut : c'était tout bête mais je n'y avais pas pensé. Mea culpa.

Merci donc de me laisser vos commentaires si vous en avez sur les pages correspondant aux tomes et non sur les messages correspondant aux chapitres.

Cordialement, YagamiRaito

vendredi 7 janvier 2011

Mato No Senshi : Chapitre III L'apparition de Seth

Chapitre III L'apparition de Seth


Dans les sous-sols de la demeure européenne, l'air conditionné tournait à plein régime, emplissant la pièce d'humidité due à l'air de la forêt Soga où la pluie était tombée la veille. Tapant au clavier, Isma fronça les sourcils entendant des bruits de pas descendre l'escalier et regarda derrière alors lui. Shimazaki souriait pleinement de ses dents jaunes.

« Les Apeps fonctionnent à merveille.

  • Évidemment. Mais n'oubliez pas qu'un corps humain contrôlé par un Apep ne tient pas plus de dix jours.

  • En parlant de ça, le Secrétaire Général du Parti libéral souhaiterait vous voir, Saint...

  • Je ne peux pas avoir le moindre intérêt pour ces politiciens japonais. »

Le ton d'Isma montrait qu'il ne mâchait pas ses paroles. Sans pour autant se décourager, Shimazaki sourit tout de même à contre- cœur alors qu'il passait derrière Isma pour regarder l'écran.

« Que faîtes-vous maintenant ?

  • Bien que donner forme aux Apeps, serviteurs de Seth, fut un succès, ce n'était qu'un début. Tant que je n'aurais pas réussi à matérialiser Seth, il sera impossible de dominer complètement le monde Assiah.

  • Vous avez en effet de hauts desseins, Saint. Oh, à ce propos... »

Baissant la voix, Shimazaki attrapa une chaise pliante à portée de main et s'assit aux côtés d'Isma.

« Apparemment, Nakajima est rentré sain et sauf. »

Les doigts d'Isma cessèrent de se déplacer sur le clavier.

« Avec ça, il est désormais clair que Nakajima a battu Loki.

  • Je pense, en effet. À ce propos, j'ai également entendu quelque chose qui pourrait être d'un grand intérêt. »

Shimazaki rapprocha sa tête.

« Un homme du nom de Charles Feed soutiendrait Nakajima, et des rumeurs parlent d'un projet qu'ils auraient lancé visant à affronter les démons...

  • C'est mon frère. »

Parlant d'une voix sans aucune émotion, Isma se remit à taper au clavier.

« Oh, quelle étrange coïncidence... »

Shimazaki avait déjà enquêté pleinement là-dessus mais il joua la surprise.

« J'aimerais votre avis sur comment régler cette situation. »

Éloignant enfin ses doigts du clavier, tels une araignée, Isma leva lentement la tête.

« Envoyez-leur Obara.

  • Hein... ? »

Ne comprenant évidemment pas, Shimazaki affichait un air perplexe.

« Bien qu'il vaudrait mieux rapidement se débarrasser de ces gêneurs, je voudrais d'abord évaluer leurs compétences. Récemment, Obara a montré des symptômes de démon. Pour les mesurer, elle fera un parfait sacrifice. Vous ne pensez pas... ? »

Parlant ainsi, Isma contenait de plus en plus ses rires.


En ce moment, Yumiko était invité au pays de Yomi (les Enfers) où elle recevait l'enseignement d'Izanami pour maîtriser sa puissance. Un étrange espace magique avait été créé dans Yomi. En peu de temps, Yumiko avait réussi à utiliser librement la grande puissance qui sommeillait en elle.

Deux parois rocheuses presque perpendiculaires au sol se faisaient face avec environ deux mètres de distance entre elles. Yumiko flottait lentement dans les airs comme pour relier les deux. La peau blanche de Yumiko se recouvrit progressivement d'une phosphorescence pourpre. Dans un grondement, l'intensité de la phosphorescence s'accrut comme un nuage électrique. Avec son aura, Yumiko qui souriait ressemblait à une statue du Bouddha Maitreya. Comme si le corps de Yumiko lui-même devenait une particule de lumière, sa silhouette commença à disparaître.

Yumiko leva tranquillement la main droite. Le nuage de lumière la recouvrant s'aggloméra entièrement au bout de ses doigts. Elle abattit violemment son bras. Alors, la lumière au bout de ses doigts devint une flèche et frappa la surface de la roche. Dans un grondement de tonnerre, une colonne de flammes bleues s'éleva. Yumiko dut plisser les yeux pour voir un énorme rocher s'effondrer au ralenti, comme dans un film.

Cependant, l'enfant ferma soudainement les yeux comme si elle avait ressenti quelque chose. L'instant d'après, le corps de Yumiko tomba vers le sol la tête la première de vingt mètres de hauteur comme un oiseau auquel on aurait coupé les ailes.

« Attention ! »

Juste avant l'impact, une force invisible souleva Yumiko et la déposa au sol comme une plume.

« Qu'est-ce qui t'arrive ?! »

Agenouillée devant elle, le ton de la déesse Izanami était plein de reproches et de sévérité inhabituels.

« Comment espères-tu retourner dans ton monde avec une technique immature comme celle-là... »

Néanmoins, la déesse apaisa ses paroles quand elle vit les yeux emplis d'effroi de Yumiko.

« Tu as vu quelque chose, n'est-ce pas ?

  • Oui. »

Les lèvres de Yumiko avaient perdu toute couleur.

« Le cri de proches et l'odeur du sang...

  • As-tu entendu la voix de Nakajima ?

  • Non... »

Yumiko secoua la tête en silence.

« C'était la voix de ma mère... »

Yumiko regarda le ciel avec un regard inquiet. On ne pouvait plus rien entendre mis à part le vent s'engouffrant dans la vallée.

« Izanami, penses-tu que quelque chose de terrible ait pu arriver à ma mère ? »

Sa voix était pleine d'inquiétude. Les sens accrus que Yumiko avait hérités d'Iznami étaient extraordinaires. Cela pourrait être une prémonition. Même Izanami ne savait pas s'il fallait renvoyer Yumiko ou pas. En un court laps de temps, Yumiko avait acquis des pouvoirs suffisants pour lutter contre les démons.

Mais son esprit était toujours celui d'une lycéenne de dix-sept ans. Comme aujourd'hui, les moindres perturbations de ses émotions influençaient directement sa maîtrise. De plus, Yumiko se fiait beaucoup trop sur son sens de la vue quand elle utilisait ses pouvoirs. Toutefois, son immaturité ne peut pas être compensée par un entraînement de courte durée. Au contraire, l'envoyer aux côtés de Nakajima pourrait lui permettre de corriger ses défauts.

« Veux-tu retourner dans ton monde ? »

La déesse Izanami sourit gentiment à Yumiko.


De la gare Nishi-Eifuku d'Inokashira, suivant le sentier longeant la voie ferrée, une femme habillée d'une longue robe rappelant la Chine, marchait d'un pas vif en direction de la zone résidentielle. Ses yeux auburns brillant dans la nuit d'un éclat fantomatique accentuaient d'autant plus sa beauté.

Finalement, la femme s'arrêta devant un bâtiment résidentielle de hauteur moyenne recouvert de tuiles blanches. Gravée sur la plaque à l'entrée, on pouvait lire l'inscription Résidence Sanshiba Electronics. Bien que ce fût un logement de fonction, étant donné qu'il était seulement réservé à la haute direction, les appartements étaient assez luxueux. La douce lumière s'échappant de quelques fenêtres des trois étages ainsi que le doux bruit des compresseurs d'air conditionné montraient la tranquillité des habitants.

La femme fixait le coin du dernier étage avec un regard plein de rancune. Shirasagi Yumiko, regarde d'où que tu sois. Je vais tuer ta famille pour toi. Désormais une étrange lumière teintée d'argent brillait dans les yeux d'Obara, révélant la nature démoniaque de la femme. Obara avait été témoin de la scène dans la salle de CAI quand Yumiko avait blessé Loki. En réalité, c'est Izanami possédant le corps de Yumiko qui avait combattu Loki mais pour Obara, c'était du pareil au même.

Si Loki est mort, ça ne peut être que de la faute de Yumiko. La haine qu'Obara éprouvait envers Shirasagi dépassait considérablement celle envers Nakajima. Elle avait reçu l'ordre d'Isma de d'abord tuer Nakajima mais au lieu de ça, elle avait une telle condition psychologique qu'elle proposa de le provoquer avant tout en massacrant la famille de Yumiko.

Obara ferma les yeux pour essayer de calmer ses émotions. L'expression quitta son visage et même un sourire apparut. Elle prit une grande respiration et commença à monter les escaliers élégants.

Alors que retentissait la sonnette pour la seconde fois, la porte s'ouvrit avec la chaîne encore accrochée, et une bande de lumière s'échappa, éclairant le béton. Les yeux soupçonneux d'une femme examinèrent la visiteuse nocturne.

« Je suis Harayama du lycée Jûshô. Je suis bien chez Yumiko... »

Obara ne pouvait évidemment pas donner son véritable nom. La porte se referma puis s'ouvrit en grand accompagnée du bruit de la chaîne qu'on ôta. Une femme ronde d'âge moyen se tenait devant Obara, et leva ses yeux pleins de chaleur pour la regarder.

« Merci de prendre la peine de venir si tard le soir... Auriez-vous de nouvelles informations ? »

Si on cherchait une ressemblance avec Yumiko, il n'y avait guère que ses doubles paupières. Ses 1m50 et son embonpoint rendait sa présence agréable. Pendant un instant, les instincts meurtriers d'Obara s'évanouirent.

« Ne restez pas là. Entrez. »

Alors, une voix provint du fond du salon et un grand homme en sortit. C'était un bel homme aux cheveux gris argentés. Sa ressemblance avec Yumiko ramena instantanément Obara à la raison. Sous son épais maquillage, elle sentit les écailles recouvrant sa peau durcir.

« Désolée. J'étais juste bouleversée. Entrez donc. »

Un peu honteuse, la mère de Yumiko invita Obara à entrer puis verrouilla la porte.

Zing. Un son étrange captiva l'oreille de l'homme qui retournait dans le salon. Se retournant, il vit sa femme fixant, avec un regard ahuri, la visiteuse qui s'était baissée pour ranger ses chaussures enlevées.

« Hey, qu'est-ce qui ne va pas ? »

Mais au lieu de répondre à son mari, elle ouvrit en grand la bouche et une grande quantité de sang s'écoula d'une plaie béante dans sa gorge.

« Kuh, kuh, kuh... »

Des rires étouffés provenaient de derrière la robe de la femme.

Toujours incrédule, l'homme fixait sa femme, le gorge déchirée en deux, s'effondrer au sol comme une poupée sans vie, à l'entrée, dans une marre de sang. Déjà, les yeux de sa femme étaient vitreux.

« Goh, hoh, hoh, hoh... »

Les rires étouffés de la femme éclatèrent en fou rire.

« O... ordure... ! »

Il commença enfin à comprendre la gravité de la situation. Mais l'homme se retourna lentement vers la mystérieuse visiteuse qui figea le corps et l'esprit de ce dernier. Sa bouche ouverte rouge cinabre déchirait son visage de bronze surmonté de cheveux noirs comme l'ébène et ses yeux d'argent emplis d'une lueur de folie fixaient ceux de l'homme. Obara elle-même fut surprise pour la première fois par la violence de sa transformation. Mais d'un autre côté, elle était presque ivre à cause des pouvoirs obtenus à partir du sang de Loki coulant dans ses veines. Elle serra ses mains déjà recouvertes d'écailles vertes autour du cou de l'homme et elle le souleva sans effort dans les airs. Son visage commença à devenir pourpre. Mais s'accrochant à son instinct de survie, l'homme gigota comme une crevette et battait des jambes.

« Allez, lutte. Oui, lutte de toutes tes forces. »

Murmurant, Obara serra davantage sa poigne.

« Guh ! »

Poussant un cri étrange, le corps de l'homme subit des spasmes violents jusqu'à tout à coup perdre toute vigueur. À ce moment-là, la sonnette de l'entrée retentit. Le petit frère de Yumiko était peut-être rentré. Léchant le sang sombre sur ses griffes acérées, le visage d'Obara jubilait sur la perfection du timing.


Le lendemain au soir. La mère de Nakajima était énervée par le retard de son fils. Même s'il dit coopérer à l'enquête, je ne pensais pas qu'il serait aussi pris... D'un air insatisfait, elle regardait l'horloge qui indiquait déjà 8 heures passées. Récemment, Nakajima avait passé tout son temps avec Feed. Sans sa présence, le Projet de Bannissement des Démons n'était pas viable après tout. Mais la mère de Nakajima ne connaissait pas la vérité là-dessus.

L'apparition du professeur Charles Feed du MIT. L'intervention du Cabinet des Renseignements, une sorte d'agence militaire secrète. Ces deux faits semblaient indiquer que son fils avait un lien avec une affaire grave. Même si sa plus grande préoccupation était l'examen d'entrée de son fils au printemps prochain et son avenir, elle ne pouvait pas le blâmer.

« Si Akemi fait des recherches au MIT, il pourra accomplir de grandes choses pour le monde. Laissez-moi m'occuper de son admission. »

S'il n'y avait pas eu l'intermédiaire du professeur Feed qui semblait au moins à moitié sérieux, à ce jour, de grands conflits auraient sans doute opposés la mère et son fils.

La sonnerie retentit.

« Il rentre enfin. »

Mais la petite voix nasillarde à l'interphone se dit être une conseillère d'orientation du lycée Jûshô. Se retouchant un peu dans le miroir, la mère ouvrit la porte d'entrée. Une femme arborant un sourire fascinant se tenait là.

Je me demande si c'est vraiment un professeur. Même les élèves qu'elle oriente ne doivent pas oser lui désobéir.

Son corps voluptueusement enveloppée dans cette robe haute en couleur ne faisait pas vraiment penser qu'elle était professeur.

« Je pense qu'il faut que je m'entretienne avec vous au sujet de Nakajima. »

Obara savait quoi dire pour gagner la confiance de sa cible. Bien que la mère d'Obara fût assez déconcertée par la robe un peu trop voyante, elle sourit faussement et prépara des pantoufles.

« C'est vraiment le désordre à l'intérieur, mais je vous en prie, entrez. »

L'expression d'Obara qui fixait le dos de la mère s'étant retournée, se raidit un instant. Elle ressemble vraiment à Nakajima Akemi... Tentant de résister à un torrent d'émotions, Obara se mordit le lèvre.

« Mon nom est Obara. J'ai menti en disant être une conseillère d'orientation, alors je m'en excuse. »

S'asseyant sur le canapé avec la mère, la professeur fit une annonce inattendue.

« Hein... ? »

La mère de Nakajima inclina la tête, perplexe.

« Étant donné votre regard, j'imagine que vous ne savez pas qui je suis. »

Obara plissa les yeux en regardant son interlocutrice. La tension dans l'air entre les deux personnes était palpable.

« Mais, vous lui ressemblez vraiment beaucoup. »

Murmurant, Obara commençait déjà à sentir ses joues se durcir sous son maquillage.

« Regardez. »

Parlant d'une voix retenue, Obara étendit ses mains devant la mère.

« C'est... »

Ses mains blanches se couvraient progressivement d'écailles vertes.

« C'est votre cher Akemi qui m'a changé ainsi. »

Les yeux d'Obara commencèrent à brûler d'un éclat argenté.

« Que voulez-vous dire ? »

Sans savoir pourquoi, la voix de la mère était à la limite du cri. Mais son corps ne pouvait pas se lever de son siège, comme si elle était paralysée.

Un petit serpent blanc sortit du sac posé sur le canapé par Obara. Les deux yeux rouges de la tête sortant du sac fixèrent précisément la mère de Nakajima.

« Ah ! Qu'est-ce que c'est ? Qui diable êtes-vous... »

S'étant levée soudainement en tentant de le repousser, le petit serpent se glissa rapidement à ses pieds. Il commença bientôt à grimper habilement le long de ses maigres jambes.


Le soir même, Yumiko de retour pour la première fois du royaume de Yomi apprit pour la tragédie de la veille. Après une longue absence, elle fut accueillie chez elle par l'odeur du sang. Yumiko resta figée sur place par la surprise de la vue du sang qui n'avait même pas encore séché à l'entrée. Pourquoi, qui a fait ça...

Les deux mains s'écrasant au sol sans force glissèrent dans la marre de sang. Les cadavres mutilés de sa mère, de son père et son petit frère reposaient là. Ses larmes ne pouvaient étrangement pas sortir à cause du trop grand choc. Un visage arborant un sourire narquois apparut devant les yeux de Yumiko.

« Obara ! »

La perception surnaturelle aiguisée de Yumiko lui avait permis d'avoir une image claire des dernières bribes de pensée de sa mère.

« C'était bien toi, non, Obara ! »

Le paysage devant ses yeux se teignait de rouge sous l'effet de la tristesse et de la colère. Sans s'en rendre compte, elle se marchait déjà vers la sortie.

« Yumi-chan ! Quand es-tu rentré ? »

La voisine venant de monter les escaliers échappa son sac choquée par la vue du sang sur les mains de Yumiko. Comme si elle ne l'avait même pas vue, Yumiko descendit les escaliers telle une somnambule. Un grand cri se fit entendre au troisième étage. La voisine d'avant avait dû voir la scène d'horreur.

Pour Yumiko, tout cela semblait être comme un événement arrivé dans un monde très lointain d'elle. Pourquoi a-t-il fallu qu'on aille à Tokyo. Si l'on n'avait pas quitté Sapporo, on n'aurait jamais rencontré un tel destin... L'allée d'arbres du pays du Nord où elle vivait il y a seulement trois mois se superposa dans sa vision avec l'allée de Ginkgo devant elle. Nakajima, si seulement je ne t'avais jamais rencontré...

Le visage de Nakajima traversa l'esprit de Yumiko. Amour, rancune, tracas. Un tourbillon de sentiments incontrôlables traversa son corps. Yumiko ne put s'empêcher de s'accroupir au bord de la route. Ses larmes sortirent aussitôt qu'elle pensa à Nakajima. Un enfant regardait Yumiko étrangement quand il remarqua le sang sur ses vêtements et s'enfuit alors en courant.

Quoi qu'il en soit, je doit trouver Nakajima. Yumiko traînait les pieds en direction de la seule relation à laquelle elle pouvait penser.


Il était environ neuf heures du soir. Il n'était pas très tôt pour un lycéen pour rentrer chez lui. Nakajima appuya avec hésitation sur l'interphone devant lui et la porte s'ouvrit alors comme si on l'attendait.

« Désolé pour le retard. Le professeur Feed... »

Une sensation inhabituelle de froid dans le regard de sa mère interrompit Nakajima. Pourquoi est-elle autant énervée aujourd'hui seulement ?Mais sa mère se força alors à sourire et l'invita à l'intérieur.

« Quelqu'un t'attendait.

  • Moi ? »

Le visage de Yumiko lui vint à l'esprit. Mais les chaussures à talons hauts disposées à l'entrée brisèrent ses espoirs.

« Qui est-ce ?

  • Elle a dit s'appeler Obara.

  • Quoi ?! »

Nakajima hurla, ôta ses chaussures et fonça immédiatement dans le salon. La femme assise de dos sur le canapé, elle se leva lentement puis se retourna.

« Ça faisait longtemps, Nakajima. »

Sa voix lui était familière. Mais des écailles de bronze sur son visage rendait Obara méconnaissable. Ce sentiment d'irréalité, comme dans un cauchemar, toute sa volonté s'échappa du corps de Nakajima.

« Qu'est-ce que... vous faîtes ici ?! »

Nakajima mit tous ses efforts pour réussir à parler.

« Je suis ici pour te tuer bien sûr. »

Parlant nonchalamment, Obara éclata en fou rire et attaqua Nakajima. Il ne pouvait pas lutter contre elle à mains nues depuis qu'elle avait reçu du sang de démons en faisant une bête humaine. Le temps de cligner des yeux, Obara mit facilement Nakajima à terre.

« Quel est le problème, Nakajima ? Je ne vaux pas la peine d'être tuée ?! »

Le souffle immonde d'Obara agressait le visage de Nakajima.

Je vais te faire regretter de ne pas m'avoir tué quand tu en as eu l'occasion... Nakajima se figura deux boules bleues dans son esprit. Les frappant mentalement l'une contre l'autre, elles produisirent des étincelles et l'air autour de sa main droite se mit à brûler de plus en plus. L'ai brûlant intensément, Obara dut reculer. Tout d'un coup, Nakajima tenait dans sa main droite l'épée de Hinokagutsuchi brillant d'un éclat rouge cinabre.

Yah. Abattant l'épée dans un grand cri, il trancha le bras d'Obara. Obara ayant sauté en arrière, son deuxième coup d'épée frappa dans le vide. Elle avait l'agilité d'un singe. La mère de Nakajima qui observait la scène de loin apparut dans son champ de vision.

« Maman, cache-toi ! »

Il devait permettre à sa mère de s'enfuir avant qu'Obara ne l'attaque.

« Est-ce que tu veux aussi être embrochée par l'épée qui a terrassé Loki ?

  • Alors après tout, Loki, c'est toi... »

Protégeant son bras blessé, Obara recula en montrant les crocs.

« Tu as perdu au moment où j'ai sorti mon épée. Réveille-toi. »

Dans les yeux de Nakajima réfléchissant l'éclat rouge de l'épée, il y avait plutôt un sentiment de pitié. Cependant, à cet instant cela se changea en surprise quand une vive douleur traversa son bras droit. Sa mère tenait un couteau à fruit ensanglanté et le fixait comme si elle était possédée.

« Maman, pourquoi... »

Sans lui donner la moindre chance de répit, Obara saisit les deux bras de Nakajima.

« Ta mère obéit à ma volonté. Mourir de la main de ta mère, que je suis clémente, tu ne crois pas ? »

Le couteau à fruit ensanglanté tenu par sa mère possédée par un Apep se rapprochait de la poitrine de Nakajima.


Yumiko qui se tenait devant chez Nakajima, s'apprêtait à appuyer sur le bouton de l'interphone quand elle ressentit une présence étrange. Elle mit sans hésiter sa main sur la poignée de la porte et se concentra sur tous les nerfs de celle-ci. Se concentrant, de la fumée suspecte s'échappa et le système de sécurité dont on était si fier se dissout avant que la poignée ne tombe à ses pieds. C'était sa capacité hors-norme d'auto-combustion.

Yumiko fonça à l'intérieur sans enlever ses chaussures. Elle aperçut le visage pâle de Nakajima, retenu par les bras d'Obara devenue un démon. C'était quelques instants seulement avant que le couteau en argent n'atteigne Nakajima en plein cœur.

« Nakajima, attention !

  • Attends ! »

Les deux crièrent en même temps.

Pendant un instant, une forte lumière éclaira les yeux de Yumiko et des bras tenant le couteau s'élevèrent des flammes rouges. L'assassin perdant même cette intention se mit à brûler entièrement en seulement quelques instants alors qu'elle gesticulait sur place comme dans une danse avant que son corps ne soit réduit à l'état de cendres noires. Il n'y avait plus trace d'Obara qui s'était enfuie par le balcon.

« Maman... »

Ils ne remarquèrent pas le petit serpent blanc s'échapper du brasier avant de se désintégrer dans les airs. Nakajima avait assisté, étourdi, à la mort de sa mère par les flammes.

« Yumiko... »

Ses yeux se détournèrent enfin et s'égaraient dans le vide.

« Tu as, ma mère... »

Sa voix affligée déchira le cœur de Yumiko. Ce n'est pas possible, je n'ai pas pu faire une telle horreur... Se couvrant le visage à deux mains, Yumiko s'enfuit en courant.


Au bord du marais, Obara respira profondément. La surface de l'eau vert foncé laissait se refléter des morceaux de la demeure européenne ici et là. Son bras blessé par l'épée de Hinokagutsuchi arborait une profonde plaie ouverte comme faite au scalpel. Mais étrangement, le sang ne coulait presque plus.

Depuis le début, Obara n'avait pas vraiment l'intention de retourner auprès d'Isma. Mais il y avait quelque chose cette forêt Soga qui calmait se cœur empli de mal.

« Loki... »

Obara qui s'était assis sur une souche de mélèze murmura. Je voulais le venger de mes mains, mais au bout du compte, je n'ai même pas réussi à tuer celui qui a terrassé Loki... Des choses chaudes débordèrent des yeux d'Obara et mouillèrent ses joues de bronze. L'air de la nuit essuya agréablement ses chaudes larmes.

Obara vit soudainement au loin la silhouette blanche d'une jeune fille. Yumiko s'était enfui de chez Nakajima et à demi-consciente, avait poursuivi Obara peut-être par instinct du fait de la haine profonde qu'elle lui vouait désormais.

Tu as, ma mère... Dans ses oreilles, la voix de Nakajima se répétait encore et encore. Yumiko aussi en larmes vit la silhouette floue d'Obara. Elle leva lentement la main. Si elle s'était concentrée sur son Qi, elle aurait pu tout régler en un seul coup.

Mais quelque chose fit hésiter Yumiko. Le professeur Obara aussi est une victime du combat contre Makai. Même l'esprit de la mère de Nakajima a été manipulé par les démons. C'est moi qui...

« Kuh, kuh, kuh... »

Comme si elle lisait dans les pensées de Yumiko, Obara éclata en fou rire, déformant ses lèvres.

« Ta stupide compassion aura raison de toi. Regarde ces doigts. Ils ont encore l'odeur du sang de ta famille...

  • Arrête ! »

Criant, elle ferma les yeux et abattit sa main. Suivant l'arc décrit par sa main, la poitrine d'Obara fut ouverte et du sang éclaboussa le visage de Yumiko. Quand celle-ci accourut involontairement, elle redressa le corps d'Obara qui s'était effondrée de la souche de mélèze.

Toutes les écailles avaient disparu de la surface de sa peau. Ses lèvres exsangues tremblaient pour essayer de dire quelque chose. Mais Yumiko ne put pas comprendre ce qu'elle voulait dire. Une larme coula de la joue de Yumiko sur le visage d'Obara.

À cet instant, un grondement sourd provint subitement de l'autre côté du marais alors que l'air commençait à se remplir de miasme.


Au même moment, dans la demeure européenne de l'autre côté des marais où Isma avait analysé jour et nuit les données de Seth afin de le matérialiser, les bandes magnétiques de l'ordinateur commencèrent à tourner avec une force épouvantable. L'ordinateur rejetait toutes les commandes d'Isma tandis qu'à l'écran défilait une énorme quantité de données à une vitesse folle.

« Qu'est-ce que c'est ?! »

Isma se leva et le béton sous ses pieds se fissura dans un son de craquement effroyable. Une colonne de feu s'élevait des câbles alors que l'hexagramme au sol ondulait comme s'il était vivant. Le sous-sol se remplit de murmure provenant d'un autre monde.

« Seth

  • Seth est né.

  • Il est enfin né. »

De l'araméen ancien, de l'hébreu, du grec. Les voix parlant des langues de divers pays se mélangeaient toutes. Né ? Qu'entendent-ils par "né" ? Y pensant enfin, Isma trébucha à l'extérieur du bâtiment et sortit. À ce moment-là, les sens super développés d'Isma détectèrent une accumulation d'énergie démoniaque plus puissante qu'il n'en avait jamais connue de l'autre côté du marais.


Bshi. Du corps d'Obara rendant calmement son dernier souffle dans les bras de Yumiko, on entendit un déchirement étrange de viande crue. Le souffle coupé, un fluide tiède éclaboussa le visage de Yumiko.

« Argh. »

Yumiko s'effondra sur place sous l'effet d'une vive douleur dans ses deux yeux.

« Kyu, kyu. »

Un rire violent comme un crissement de craie résonna dans ses oreilles. Sentant un grand mal, Yumiko se leva sur la défensive. Mais elle perdit la vue et même ses appuis étaient incertains.

Un morceau de chair rampa hors du ventre déchiré d'Obara et commença déjà à se soulever dans les airs. C'était une sorte d'amibe géante, une créature molle, flasque et frétillante. De la créature gluante et brillante, du sang frais et des liquides corporels d'Obara dégoulinèrent au sol, révélant ouvertement sa peau vert pâle. Une odeur putride insupportable remplit l'air. Toussant violemment, Yumiko tomba à genoux.

« Kyah, kyah. »

Un nouveau rire violent éclata.

« Iyah ! »

Yumiko libéra ses pouvoirs de destruction à l'aveugle dans la direction du rire. Mais, la vague destructrice traversa son corps gélatineux et une colonne de flammes s'abattit sur les grands mélèzes derrière. Sans une seconde de répit, la créature monta lentement au-dessus de la tête de Yumiko quand sa forme éclata soudainement laissant place à une pluie s'abattant sur le corps de celle-ci. Bientôt, son corps fut entièrement recouvert de cette gelée translucide et deux points rouges lumineux clignotèrent d'une satisfaction évidente.

mercredi 22 décembre 2010

Mato No Senshi : Chapitre II Mouvements foeteux

Chapitre II Mouvements fœteux

Commençant sur la ville de Musashino et allant jusqu'à celle de Mitaka, sur environ 6600 mètres carrés s'étendait la forêt Soga. Les mélèzes et les hêtres y poussant de manière irrégulière et dense, ce vestige de Musashino était également une bonne aire de jeux pour les enfants l'après-midi. Mais ces enfants ne s'approchaient jamais du marais remplis d'algues foncées et d'autres plantes marines situé dans un coin de la forêt. Cela n'était pas seulement dû à la peur de leurs parents leur interdisant de jouer dans l'eau. L'aura sinistre de la demeure européenne en ruine construite sur la rive enveloppait tout le marais.

Ce manoir appartenait à l'origine à un fils de bonne famille devenu un criminel de guerre, puis tous les résidents connurent ensuite des tragédies comme la dernière famille y ayant résidé qui avait été sauvagement assassinée au cours d'un vol, ce qui dissuada tout le monde de s'y installer laissant ainsi cette demeure livrée à elle-même dans cet état de délabrement actuel.

Parmi les innombrables lieux pour invoquer le démon que Shimazaki avait proposé, Isma avait choisi celui-ci, sûrement à cause de sa grande sensibilité de mage.

La cave laissait complètement exposés les mus de béton froids. Une odeur étrange s'échappait légèrement d'un de ses coins. La lumière fluorescente éclairait toujours la peinture noir foncé formant un symbole étrange, pas encore sèche. C'était une forme géométrique étrange, comme un œil d'oiseau abstrait. Au centre même de cet œil se trouvait un grand ordinateur. Des câbles de cinq mètres de long s'en échappaient, couverts de la peinture de l'hexagramme de Salomon qui était la forme dessinée au sol. Ils se connectaient ensuite à un écran et à un clavier.

« Nous sommes à présent prêts pour invoquer Seth... »

La voix froide d'Isma se tenant au centre de l'hexagramme résonnait sur les murs en béton. Des hiéroglyphes (caractères égyptiens) avaient défilés à l'écran.

Shimazaki se tenait dans un coin de l'hexagramme et léchait fréquemment ses lèvres tout en tournant en rond. Les doigts noueux d'Isma frappaient au clavier. Le disque dur commença à tourner bruyamment alors que des formes incompréhensibles clignotaient à l'écran. L'écran devint alors noir, mais après un instant éphémère, la terre se mit à gronder et toute la pièce trembla.

Shimazaki avait l'air complètement effrayé. Mais, Isma ne montrait aucun signe d'agitation.

« Le voilà ! »

Un tintement. Des fissures radiales apparurent dans le béton à partir de l'ordinateur. Du miasme commença rapidement à jaillir de ces fissures. Mais l'hexagramme était protégé de cet incident et au calme.

« Qui m'appelle ? »

Une voix rauque et déformée se déversait à pleine puissance des haut-parleurs.

« Seth, je suis votre humble romet (nom des anciens égyptiens), Isma Feed.

  • Je ne connais pas ce nom. »

Shimazaki, presque incapable de tenir debout, se réfugia derrière la chaise d'Isma. Poussant cruellement ses mains, Isma se leva comme pour défier l'écran.

« Seth, fils de Nout, alliez-vous à nous pour conquérir le monde Assiah.

  • »

Il y eut un silence un certain temps. Le vacarme des disques durs en rotation indiquait un grand traitement de données. Après un peu de temps, la voix grave retentit de nouveau.

« Que proposes-tu en m'appelant ?

  • Tout ce que vous désirez. Mais seulement si vous me prêtez votre puissance.

  • Humain, oserais-tu te considérer comme mon égal ?

  • En effet. Pour l'instant je suis le seul à pouvoir vous invoquer dans le monde Assiah. »

  • Quelle insolence... »

La température monta faisant vibrer l'air autour de l'ordinateur et une vague de chaleur frappa Isma. Face à cette immense vague de colère, même Isma fit un pas en arrière. L'arc en acier soutenant le plafond se pliait, et les tubes de verre fluorescents tombèrent en poussière. Shimazaki était tombé à genoux depuis longtemps. Cependant, Isma continuait à fixer hardiment l'écran de l'ordinateur.

« Seth, crois-tu vraiment que je ne sais pas à quel point vous désirez le monde Assiah ? »

Le ton de sa voix se calma et le vent cessa soudainement.

« Il est connu que pour dominer le monde Assiah, vous avez assassiné votre frère aîné Osiris puis avez combattu tous les dieux, menés par son fils Horus, et j'ai désormais la possibilité de vous faire venir dans le monde actuel.

  • Où veux-tu en venir ? »

Même dans la voix de Seth, il y avait quelque hésitation.

« Je possède la technologie nécessaire pour briser les liens qui retiennent les démons. S'associer avec moi serait une promesse de grande prospérité. »

Puis le disque se mit à nouveau à tourner.

« Je jure sur Nout de m'allier à toi, Isma. »

La voix de Seth résonna avec frustration. Pour un démon, jurer sur un de rang plus élevé représente un serment absolu. Isma avait un sourire de vainqueur sur le visage.

« Quoi que vous désiriez je m'y tiendrai.

  • Est-ce que tu jures de ne te pas t'allier à d'autres démons ?

  • Très bien. Si vous jurez sur Nout de ne pas vous allier à d'autres que moi. »

Le démon Seth et Isma avaient déjà former un accord concret.


Après son brusque retour, Nakajima qui était visiblement affaibli fut mis sous la protection du Cabinet des Renseignements et du Service Spécial et retrouva de bonnes conditions physiques comme attendu à l'hôpital national de Musashino.

« Je crois tout vous avoir dit, professeur Feed. »

À moitié allongé dans son lit, face au regard suspicieux de Feed, le ton de Nakajima était d'une certaine manière, vide. Une partie de son esprit semble refuser de se réveiller. Il a sûrement du mal à admettre que le démon qu'il a lui-même invoqué a tué tous ses camarades de classe... Nakajima fit une forte impression à Feed lors de leur première rencontre.

« Je ne sais pas quoi dire. Si j'avais été en Amérique quand tu as invoqué ce démon la première fois, et que tu as contacté Craft, cette situation aurait certainement pu être évitée. Cependant, cela ne change rien au fait que tu as commis un crime grave. Et cela peu importe si la loi peut en juger ou pas. »

Feed regardait Narukawa qui écoutait la conversation et dont le visage n'exprimait pas le moindre sentiment, planté dans un coin de la salle.

« Il sera difficile de prouver le meurtre. Au mieux, seules les charges d'usage abusif d'ordinateur pourraient être retenues... »

Narukawa fixant le profil de Nakajima fut poussé par le regard de Feed à donner une explication de la loi. Il ressentait un sentiment étrange dans sa poitrine envers Nakajima, comme après avoir retrouvé une amante de longue date. Au début il pensait simplement avoir été fasciné par la beauté de Nakajima. Mais au fil du temps qui passait, il se rendit compte que c'était différent, c'était plus un sentiment de nostalgie. Où nous serions-nous rencontrés... Même en retournant sa mémoire dans tous les sens, il ne parvenait pas à mettre le doigt sur l'endroit où il avait pu le rencontrer par le passé.

« Penser que le cerveau qui est parvenu à invoquer un démon par ordinateur est né au Japon... »

Le murmure de Feed interrompit le sentiment de déjà-vu de Narukawa.

« C'est plutôt Tokyo qui est très appropriée pour invoquer les démons que mes propres capacités. Mon programme s'articule autour d'un concept très similaire à de nombreux autres utilisés outre-mer et pourtant aucun succès n'a jamais été rapporté. »

Le ton de Nakajima était calme comme s'il parlait de quelqu'un d'autre.

Avec un soupir, Feed changea de sujet.

« En passant, où se trouve le programme ?

  • Il devrait se trouver dans l'ordinateur hôte du lycée Jûshô.

  • Et le nom du fichier ?

  • C'est DEMON. »

Feed et Narukawa s'échangèrent un regard. Nakajima en comprit immédiatement le sens.

« Quelqu'un l'a effacé, n'est-ce pas ?

  • Qui d'autre que toi aurait pu faire ça ?

  • Probablement Obara. »

Narukawa l'interrompit.

« En attendant, je vais cherchais la localisation d'Obara. Même si je ne crois pas vraiment l'histoire de Nakajima, il semble que cette femme détient la clé de cette affaire. »

Narukawa ouvrit la porte et comme le remplaçant, la mère de Nakajima jeta un coup d'œil dans la chambre d'hôpital.

« M. Feed. Cela fait déjà plus d'une heure. Akemi n'est pas encore assez en forme. Pourriez-vous arrêter pour le moment ?

  • Excusez-moi, Mme Nakajima. Mais je ne peux pas interrompre ma discussion avec votre fils en plein milieu. »

Parlant d'un ton ferme, Feed secouait la tête.

« Je vais bien, maman. »

Avec l'insistance de son fils, elle se retira à contre-cœur et son ombre tendant l'oreille se voyait à travers le verre dépoli de la porte. Avec un sourire amer, Feed rapprocha sa bouche de l'oreille de Nakajima.

« Tu travailleras avec moi, n'est-ce pas ?

  • Oui... tout à fait !

  • D'abord, par quoi devrions-nous commencer ?

  • et bien, il faudrait d'abord encore reconstruire un programme d'invocation des démons... »

Il y avait un soupçon de nihilisme dans l'expression de Nakajima murmurant.


Premier août, minuit.

Le nouvel ordinateur de grande envergure récemment installé faisait se sentir un peu plus à l'étroit dans la cave. Le programme d'invocation des démons volé par Obara avait été grandement amélioré par les mains d'Isma. Évidemment , il avait aussi l'aide des ingénieurs en logiciel sous les ordres de Shimazaki. Mais la matérialisation du Digital Devil Seth s'accompagnait d'énormes difficultés.

« Saint, comment cela avance ? »

L'impatience se sentait dans la voix de Shimazaki.

« Ce programme possède beaucoup trop de lacunes. Invoquer un démon demande un processus en deux étapes : d'abord établir un champ magnétique où l'invoquer qui lui permettra ensuite de s'y matérialiser. Cependant ce programme effectue cette procédure de manière désordonnée et brouillonne.

  • Mais le démon appelé Loki a pu être matérialisé par ce programme, non ?

  • Seth est un démon de rang bien supérieur. Il n'y a aucune comparaison possible avec la quantité de données à traiter pour Loki. De plus, en utilisant le programme tel qu'il est maintenant, les données de démons de rang inférieur seraient mélangées à celles de Seth rendant sa matérialisation encore plus difficile. Je dois ajouter des améliorations à ce programme afin d'essayer de rendre plus efficace le traitement des données pour matérialiser Seth, mais ce n'est pas encore fait. Quoi qu'il en soit, il faut avant tout essayer de séparer les démons de rang inférieur et de les matérialiser. »

Isma entra dans l'hexagramme de Salomon et tapa au clavier. Les bandes magnétiques commencèrent alors à tourner bruyamment et l'écran se mit à clignoter. Dans ce boucan, une odeur de musc emplit la pièce.

« Yod, Heh, Vav, Heh »

Avec cette voix sourde, des gouttelettes blanches commencèrent à perler sur l'écran.

« Ah, enfin ! »

Isma et Shimazaki étaient immobiles à fixer l'écran. Alors que l'écran se couvrait entièrement de ces gouttelettes en un rien de temps, elles coulèrent au sol. Puis, deux petits serpents blancs pouvant tenir dans la paume d'une main commencèrent à ramper au sol là où les gouttelettes étaient tombées. Alors que Shimazaki se penchait en avant avec un air de suspicion, Isma lui hurla dessus.

« Tenez-vous à l'écart ! Si vous tenez à la vie.

  • Quels sont ces serpents minuscules ? »

Sa voix était clairement pleine d'insatisfaction.

« Ce sont des Apep (également Apophis), des serpents venimeux appartenant à Seth.

  • Quelle puissance ont ces petits serpents ?

  • Les Apep entrent dans les hommes, font fondre leur moelle épinière avec leur venin et deviennent eux-mêmes leur système nerveux pouvant ainsi contrôler la victime. »

Shimazaki déglutit.

« Les Apep servent de récepteurs permettant à Seth de manipuler les hommes. Selon la manière de les utiliser, ils peuvent être plus utiles que n'importe quelle puissance... »

Isma plissait les yeux comme s'il regardait des pierres précieuses, et fixait les deux petits serpents se tortillant.


Au deuxième étage de la même bâtisse se trouvait une pièce de près de seize mètres carrés sans autre meuble qu'un lit. Les rideaux s'ouvrant laissèrent passer la lumière de la pleine lune se reflétant à la surface du marais parmi les plantes.

« Loki... »

Le murmure se dissipa dans le ténèbres. Obara n'avait plus de maison où rentrer. Les hommes de main de Shimazaki l'avaient prévenu que les enquêteurs la fouillaient déjà. Mais qui pourrait bien découvrir la vérité sur une affaire aussi étrange ? Non, même si quelqu'un leur apprenait la vérité, il serait considéré comme un fou.

Son abdomen bougeait. Est-ce qu'un enfant de moins de trois mois est aussi violent que ça ? Puisque c'est le fils de Loki, il sera sûrement sublime.

Obara tira doucement les rideaux et s'assit sur le lit.

Il est incroyable de penser que je rêvais d'un mariage banal. Où as-tu bien pu disparaître, Loki...

Son intuition lui disait qu'il était mort. Mais elle ne pouvait pas l'admettre. Il ne semblait pas exister qui que ce soit capable de remplacer Loki dans le monde.

Nakajima, Shirasagi, si vous êtes encore en vie, je vous assure que je vous ferai goûter la même douleur.

On pouvait voir du sang couler sur ses lèvres closes. Le dos de sa main était légèrement recouvert d'écailles vertes. D'une certaine manière, le pouvoir maléfique avait commencé à habiter le corps d'Obara.


Derrière le parc central de Shinjuku, dans une pièce flambant neuve utilisée pour les dernières recherches sur les intelligences artificielles de l'Institut National de l'Industrie de l'Électronique, au sein de tout un équipement informatique, des formules mathématiques extrêmement complexes avaient été griffonnées sur un tableau blanc. Il était impossible de ne pas remarquer le cercle rouge dessiné au sol qui entourait le terminal posé sur le bureau. C'était le Projet de Bannissement des Démons dirigé par le professeur Feed sur demande direct du Chef de Cabinet. Évidemment, le mot démon ne pouvait pas être utilisé publiquement, alors sur la plaque ornant le mur à côté de la porte était écrit "Bureau du Projet de Nouvelle IA (Intelligence Artificielle)".

Un soir il y a une semaine, Feed accompagné de Nakajima qui s'était remis et de Narukawa, avait rendu visite au Secrétaire Général du Cabinet, Fujita. Feed, sans s'en prendre personnellement à Nakajima expliqua le combat contre le démon qu'il avait invoqué via ordinateur et les risques futurs. Mais la réponse du Secrétaire Général du Cabinet, Fujita fut froide.

« Même si c'est un professeur au MIT comme vous, Feed qui me le dit, il sera impossible de me faire croire à l'existence des démons. »

Derrière ses lunettes noires, les yeux de Fujita étaient surpris et perplexes.

« Il y a au moins quelques responsables américains qui croient en cette possibilité... »

Feed haussa les épaules.

« Même si nous avons peu d'effectif, je vous ai assigné notre meilleur agent en garde du corps pour votre petit passe-temps, professeur... »

Fujita restreignait aussi fort que possible son ironie.

« Nakajima, pourquoi ne pas montrer Cerberus ? »

Narukawa qui était resté silencieux interrompit Feed et Fujita.

« Très bien. »

Nakajima prit nonchalamment son ordinateur de poche sur le clavier duquel ses doigts glissèrent. La légère brume s'échappant de l'écran LCD s'étira un peu vers Fujita. La brume se condensa rapidement formant peu à peu l'image d'une bête d'un autre monde. Finalement, un rugissement prodigieux fit trembler le bureau et deux yeux de braise fixaient Fujita.

« Qu'est-ce que...

  • C'est un démon, Secrétaire. C'est cependant un démon calme et fidèle à son maître, Nakajima. »

Le rugissement de Cerberus avait fait reculé Fujita qui agitait sa main comme pour l'apaiser.


Le premier travail du Projet de Bannissement des Démons était de reconstruire le programme effacé par quelqu'un. Ce n'était pas un travail difficile en soi pour Nakajima.

« Comment est-il par rapport à l'ancienne version ? »

Quelques jours plus tard, alors que Nakajima vérifiait le programme ligne par ligne une fois la reconstruction presque achevée, la voix de Feed lui demandait.

« Quelques parties du langage machine des sous-routines sont peut-être un peu différentes, mais dans les grandes lignes, c'est le même. »

La voix de Nakajima était assez abattue. C'est peut-être qu'au fond, il ne voulait plus rien avoir affaire avec les démons.

« Pouvons-nous essayer ? »

Mettant un pied dans le cercle rouge tracé avec du cinabre, Feed lui demanda nonchalamment.

« Oui. »

Alors que l'ordinateur fonctionnait correctement, une odeur de musc agressa leurs narines. Un grondement sourd envahit tout le nouveau bâtiment et les murs blancs se fissurèrent.

« Si un démon apparaît, laisse-moi m'en occuper. »

La main droite de Feed serrait fermement une croix. Pour la première fois, Nakajima ressentait une certaine proximité avec lui. Mais le grondement s'éloigna peu à peu tandis que l'odeur de musc s'estompait.

« Y a-t-il une erreur quelque part dans le programme ? »

Les yeux en détresse de Nakajima cherchait une réponse en fixant Feed.

« Non, à en juger pas la situation actuelle, il ne fait aucun doute qu'un champ magnétique a bien été mis en place pour invoquer un démon. Cependant ce dernier ne s'étant pas montré, il est possible qu'il soit apparu dans le monde Assiah grâce à un autre champ magnétique du même type.

  • Le fait est que je ne connais pas encore bien le mécanisme d'invocation des démons...

  • Dire que ce sont les mots du génie qui a réussi à invoquer des démons dans ce monde grâce à un ordinateur. »

Feed affichait un sourire débonnaire mais retrouva vite un air grave en regardant Nakajima droit dans les yeux.

« Le dernier démon à s'être manifesté s'est bien fait connaître sous le nom de Seth ?

  • Oui.

  • Bien qu'il soit très dangereux de conjecturer sur l'état du monde des démons à partir de ce que nous en savons et voyons dans le nôtre, ma théorie est qu'il s'agit d'un agrégat d'une myriade de microcosmes centrés autour d'un démon puissant (le cœur de ce microcosme). La mort de Loki a sûrement entraîné la disparition du microcosme associé au Japon qui fut ensuite remplacé par l'arrivée de celui de Seth. Et ainsi, invoquer un démon, c'est comme ouvrir le contact avec ce microcosme.

  • Et si deux points de contact étaient établis simultanément, que se passerait-il ?

  • Le choix du lieu de son apparition serait laissé au démon. Toutefois, de nombreux documents médiévaux sur des invocations de démons attestent que lorsque la différence de puissance entre les deux champs magnétiques est très significatives, alors le démon est attiré vers le plus puissant des deux, indépendamment de sa volonté... »

De timides coups à la porte interrompirent les explications de Feed. Narukawa tenant une épaisse pile de documents ferma la porte derrière lui et s'approcha des deux hommes.

« En se limitant à la région métropolitaine de la capitale, il y a environ 6000 installations informatiques capables d'invoquer un démon. En considérant nos effectifs, nous pourrons enquêter sur tous ces endroits en un mois. » expliqua Narukawa.

Depuis le lancement du projet, il avait recherché Obara et en même temps, s'était intéressé aux matériels nécessaires à invoquer des démons en considérant les installations informatiques de taille moyenne et plus.

« Compris. Mais avez-vous la moindre information sur Obara ?

  • Malheureusement non. Mais j'aimerais vous demander quelque chose professeur... »

Narukawa se mit à murmurer.

« Qu'est-ce donc ? »

Feed fronça un sourcil interrogateur.

« Professeur, connaissez-vous un homme du nom de Isma Feed ? »

À l'écoute de ce nom, le visage soudain assombri de Feed n'échappa pas à Nakajima.

« Où avez-vous entendu ce nom ?

  • Nous avons reçu un appel du FBI nous signalant que Isma s'est infiltré au Japon.

  • C'est un problème. Comme vous le savez, sous l'incarnation d'un serpent, Seth était capable de défier l'ensemble des Dieux égyptiens et les affronter sur un pied d'égalité. Si Seth et Isma se sont alliés... »

Les yeux maintenant vides de Feed murmurant regardaient à travers la fenêtre.


Le deuxième étage du bâtiment de huit étages près de la résidence du Président de la Chambre Haute à Nagatacho, servait de bureau au Secrétaire Général du Parti Libéral, Oota Suguru. C'était déjà une heure du matin alors que Oota était assis sur le lit de sa chambre en tenant son téléphone qu'il avait en main depuis une heure. Il avait récemment perdu beaucoup de sommeil en se concentrant sur la réussite du projet de Loi sur la Sécurité Nationale. Son visage charnu semblable à un bulldog, était sombre comme on pouvait s'y attendre et reflétait toute la fatigue accumulée.

« C'est vous qui avez en premier lieu prôné la nécessité de la loi sur la protection des secrets d'État. Changer d'avis comme ça maintenant ne vous serait-il pas dommageable ? »

La voix de Oota était un peu précipitée.

« Depuis que Matoba est opposé au projet de loi, vous devriez comprendre que je ne peux absolument pas être en accord avec. »

La voix à l'autre bout du fil aussi était fatiguée. Puisqu'il avait parlé du Président Matoba, son interlocuteur devait être du Parti social-démocrate, parti d'opposition et troisième du pays.

« J'ai fait de mon mieux pour convaincre Matoba. Néanmoins ce fut inutile, le seul moyen serait que vous lui parliez vous-même, M. Oota. Même Matoba se laisserait convaincre si vous acceptiez de former une coalition avec notre Parti. »

Ayant dit tout ce qu'il avait à dire, l'interlocuteur raccrocha.

« Merde... »

Oota raccrocha violemment le téléphone avant de s'effondrer en arrière sur le lit, se frottant les paupières. Respirant profondément, son ventre gonflait comme une grenouille. On entendit des coups à la porte.

« C'est ouvert. »

Oota répondit en bâillant sans même réfléchir ni se retourner vers la porte. La porte s'ouvra dans un clic et un visage rougeaud orné d'un faux sourire sur sa totalité regarda à l'intérieur. C'était Shimazaki Ryûnosuke.

« Je ne sais pas de quelle affaire vous voulez parler à une telle heure, mais je peux vous dire que je ne suis pas exactement de bonne humeur. »

Oota se leva à moitié du lit et tourna la tête vers l'homme dans un craquement d'os.

« Il y a quelque chose que je veux absolument vous dire. »

Les yeux de Shimazaki s'éclairèrent particulièrement.

« J'adorerais encore entendre vos histoires de bénéfices, mais ce n'est pas vraiment le moment. Je dois m'atteler à faire passer cette loi.

  • En tant que Secrétaire Général, tu essaies de marquer des points pour être le principal candidat pour le poste de Président à venir. »

Les yeux gonflés de Oota se tournèrent vers Shimazaki avec un air désagréable. Mais cela ne dérangea pas le moins du monde Shimazaki.

« Ne vous inquiétez de rien : Matoba, Président du Parti social-démocrate, va changer d'avis et devenir favorable à la Loi sur la Sécurité Nationale.

  • Que venez-vous de dire... ? »

Comme pour railler Oota qui venait de se lever, Shimazaki resta silencieux.

« … si vous me laissez faire, ce que j'ai dit arrivera.

  • Si c'est une blague, elle n'est pas drôle. »

La voix de Oota tremblait.

Siégeant depuis longtemps en tant que Président du Parti social-démocrate, Matoba habitait dans une demeure, à dix minutes à pied du temple Ikegami Honmon-ji, un peu trop luxueuse pour un défenseur des petites et moyennes entreprises. Comparée au vieux style japonais l'entourant, sa demeure à deux étages en armature très moderne derrière son portique couvert d'une plante grimpante frappait l'œil du passant.

Quand Shimazaki avait rendu visite à Oota, un grand homme portant une mallette sortit d'une Nissan Cédric noire près de ce portique. Bien que robuste, l'homme semblait très agité. Passant dans une allée, l'homme disparut derrière la demeure de Matoba et y ouvrit sa mallette. Elle semblait en réalité être un ordinateur portable. Tapant d'un geste incertain sur les touches, des cristaux tels des gouttes d'eau commencèrent à apparaître sur l'écran. Ces cristaux devinrent finalement un liquide blanc opaque qui coula aux pieds de l'homme où il prenait déjà l'apparence d'un Apep, serviteur de Seth. Le petit serpent bleu-vert pâle leva sa fine tête pour regarder aux alentours puis disparut sans un bruit dans la demeure.

À ce moment-là, Matoba faisait une sieste dans le canapé-lit de la bibliothèque au lieu d'utiliser son habituel bureau. Des cernes noirs marquaient lourdement ses yeux, montrant ainsi ses gros efforts pour unifier l'opinion du parti sur l'opposition à cette loi sur la sécurité. La promulgation de la loi ayant profité du fait que le monde devenait la scène d'une guerre sournoise de l'information stimula en outre l'inclinaison du Parti Libéral vers la droite de manière visible. En tant que Président du Parti social-démocrate, il aurait dû resté modéré, mais il ne pouvait pas tolérer ce dernier changement.

La climatisation toujours en marche laissait échapper son souffle discret. Sans même perturber ce léger bruit, le serpent passa par l'ouverture laissée sous la porte. Le serpent bleu-vert pâle leva lentement la tête comme pour fixer sa proie. Deux petits yeux rouges scrutèrent le corps endormi de Matoba renflant légèrement. Le petit serpent bleu-vert pâle se tortilla vivement, se glissa facilement dans le canapé-lit puis sous sa chemise dont le col en V était exposé par sa cravate détachée.

L'instant d'après, le serpent enfonça sans hésitation ses crocs dans le ventre enflé en contraction et expansion exagérées lui faisant face. Comme le foret d'une perceuse, le petit corps du serpent s'enfonça dans l'abdomen de Matoba. Sentant une gêne, sa main alla inconsciemment sur cet abdomen mais le serpent blanc se trouvait déjà dans son corps.

« Ngh... »

Soudain, une vive douleur irradia son ventre, comme si du courant à haute tension circulait en lui. Le visage de Matoba dont le corps se remuait dans tous les sens devint instantanément violet. Cependant la douleur s'estompa immédiatement et Matoba ne comprenant pas du tout ce qui s'était passé, se remit finalement à ronfler. Curieusement, la plaie sur son ventre avait disparu comme si elle avait reçu un soin psychique. Après un certain temps, le léger son d'un moteur de Cédric s'en allant se fit entendre devant la demeure de Matoba.


Le lendemain matin, Oota qui dormait comme un charme dans son bureau de Nagatacho fut réveillé par les secousses de sa secrétaire.

« C'est déjà l'heure de la séance plénière ? »

Alors que les yeux à moitié endormis de Oota cherchaient ses lunettes, la voix excitée de sa secrétaire l'interrompit.

« Le Président du Parti social-démocrate, Matoba a annoncé lors d'une conférence de presse ce matin, son soutien à la Loi sur la protection des secrets d'État. Toutes mes félicitations, Secrétaire Général. Maintenant c'est comme si la loi était déjà passée, n'est-ce pas ? »

Comme pour se réveiller d'un rêve, Oota secoua violemment la tête de droite à gauche.